Quelques mois après la mort de JULIE, je cherchais de l'aide. Incapable de gérer seule ce drame. Je suis allée dans une association pour des parents en deuil d'un enfant. Je n'ai pas trouvé ma place. Ces personnes étaient encore là, à parler de leur drame, à pleurer après des années d'absence. Chacun notre tour nous devions évoquer le nôtre. Comme toujours mes larmes ne coulaient pas. Ces personnes endeuillées ne pouvaient pas s'exprimer sans pleurer, pourtant après tant d'années. Ils m'ont au premier abord trouvée très forte, comme d'habitude et pourtant ma souffrance était bien là, terrible, indescriptible. Mais je n'osais montrer mon désarroi. J'ai sûrement surestimé ma force, encore une fois de plus!!!
Je ne comprenais pas qu'après tant d'années, ils n'avaient pas accepté le départ de leur enfant. Maintenant, je comprends.
Ensuite, j'ai été dirigée sur une association d'aide aux victimes. Je suis suivi depuis par un psychologue qui a fait un gros travail sur moi. Mais, il y a encore beaucoup de choses à travailler encore, ne serait-ce le plus important, la scène du drame que je n'arrive pas à accepter. Ai-je vraiment envie de m'en sortir ? Ne garde-je pas cette problématique pour ne pas avancer ? Toute mon énergie est canalisée la dessus. A quoi cela me sert d'enfouir celle-ci ? Parce que cela a un objectif forcement. A ne pas prendre de distance par rapport à l'événement et finalement rester proche de JULIE et rester dans l'instant. Ne pas la laisser partir.
Il faut toucher le fond avant de pouvoir rebondir et de progresser enfin vers la guérison. J'ai mis en ½uvre des mécanismes de défense psychique qui ont pour fonction de me protéger de l'angoisse et de m'aider à m'ajuster, à mon rythme, à cette nouvelle réalité. Ce n'est pas une décision volontaire. Ça se passe au niveau inconscient. Confrontés à un drame, une maladie, nous mettons en place inconsciemment des « stratégies » de protection, jusqu'au jour où ces ruses ne fonctionnent plus. Usée par le temps, fatiguée de faire semblant, la tactique ne fonctionne plus. Quand on a trop mal, il n'y plus de place dans la tête, il n'y a que la douleur, et, à cause d'elle, on passe à côté de l'essentiel.
Une chose importante est restée gravée dans ma tête. Quelques séances après le départ de JULIE, au cours d'un entretien, j'ai ri de bon c½ur, par dérision face à cette absurdité de la vie, alors que j' 'étais là pour m'épancher et raconter ce drame terrible de perdre un enfant. Mon psychologue m'a dit : « vous devriez écrire un livre sur, rire malgré le deuil ».
C'est pour ça que ce soir, ma Françoise, mon amie chez qui nous sommes allés vendredi soir, je t'écris ce texte. Parce que malgré mes larmes que tu consoles de temps en temps quand j'ose pleurer dans tes bras, tu as toujours su me redonner le goût de rire et de faire les folles. Nous sommes comme deux adolescentes en manque de folie et de légèreté. J'aime rire avec toi, parler avec toi. Revivre. Chaque rencontre est un vrai bonheur. Nous sommes les mêmes. Nous ne voulons pas grandir et pourtant il le faut bien. Nous resterions bien des heures à parler, nous amuser. Danser dans la rue !!! J'ai simplement retrouvé un goût de vivre. Je dois sortir du déni de sa propre mort, pour parvenir à jeter ce regard positif et constructif sur la vie.
Étrange paradoxe : je dois regarder la réalité de la mort pour jouir d'autant plus de ma vie !! la mort devient alors un puissant révélateur de ce que je veux vraiment faire. Cela demande beaucoup de lucidité, d'exigence, de rigueur mais n'exclut, en aucune façon, la légèreté, la joie, l'optimisme, la fantaisie, la folie et l'insouciance.
Hier, je suis revenue du cheval en écoutant très fort la dernière chanson d'Emmanuel Moire « sois tranquille ». Je pleurais comme jamais je n'avais pleuré. Des spasmes de sanglots. Jusqu'à la maison, je ne voyais plus rien. Un grand moment de solitude, de détresse. A un tel point que j'étais prête à faire n'importe quoi pour abréger cette douleur insupportable. J'ai déposé mes affaires, fouillé dans mes placards cherchant ce que je pouvais avaler et me laisser couler au fond de l'eau. On dit que c'est une pulsion, le suicide, je l'ai constatée. Il a suffit d'un ami qui m'appelle juste à ce moment-là et, j'ai déversé toute ma douleur. Il m'a consolée et je me suis apaisée. Comme quoi, de passer de l'autre côté ne tient pas à grand-chose. Un appel, une main tendue. Quelqu'un qui pense à nous juste à ce moment précis. Je pense que ma JULIE était là pour éviter ce drame.
Aujourd'hui, j'ai passé la journée toute seule, sans un appel, sans une visite. Face à moi-même. Difficile, mais j'ai tenu bon.
Je dois me battre pour tous ceux qui combattent la maladie et veulent vivre. Je n'ai pas le droit de m'ôter la vie, alors que d'autres se battent pour la garder.
La vie est rare et précieuse. Je dois me battre pour mes rêves. Être à la hauteur de tous mes espoirs. Partager mes trésors intérieurs, ouvrir mon c½ur.
Je veux mon diplôme de sophrologue pour pouvoir travailler dans des soins palliatifs ou près des enfants malades. La mort ne me fait plus peur. Côtoyer la mort, cela semble difficile, mais me sentir utile à ce moment crucial de l'existence, donnera un sens à ma vie.
Et c'est le but que je me fixe. Après on verra..
Merci ma belle Françoise pour ces moments merveilleux que je passe en ta compagnie. Nous retrouvons notre éternelle jeunesse.
Quand on est dans le presque rien, ce qui émerge, c'est l'ESSENTIEL.
A toi, belle JULIE
PASCALE