Je veux mettre ce texte que mon amie m'a envoyé, car comme moi, nous avons perdu nos filles uniques dans un accident d'équitation à quelques années d'intervalle, dans le même club. J'entends encore les cris et les pleurs de JULIE en apprenant la mort accidentelle de Fabienne... Je me souviens également, ma pudeur face à vous, face à votre deuil. Les mots à dire ou ne pas dire. Pourtant, j'aurais voulu vous serrer dans mes bras et vous dire toute la détresse qui m'oppressait, mais les mots ne sortaient pas. Maintenant, je comprends car je sais..et je suis près de vous car même si nous sommes seuls à gérer notre propre douleur, j'en connais le processus et ce long chemin qu'il nous reste encore à parcourir. Nous y arriverons à cette sérénité, car nous travaillons pour notre paix intérieure. Ce sera peut-être le chemin de toute une vie, mais quel chemin...Un chemin de désespoir, mais riche de rencontres et de découvertes extraordinaires.
Il est important de savoir que nos moments d'absence, de découragements ne sont pas le fruit d'une mélancolie chronique dans laquelle nous sommes plongées et que nous entretenons, même si certain pourrait le croire. je l'ai déjà dit et je le répète: "qui veut ma place, je lui laisse." Nous faisons ce que nous pouvons.
Notre combat sans elles, nous demande beaucoup de force et un courage inouï pour dépasser l'envie de les rejoindre.
Nous continuons notre chemin, car elles sont près de nous, en nous. Elles nous bousculent pour ne pas sombrer, elles nous insufflent cette énergie puisée au plus profond de notre c½ur et de notre âme pour continuer notre route. Cette route sinueuse et longue, cette montagne à gravir pour atteindre le sommet et trouver le ciel bleu derrière les nuages.
Chaque moment doit être vécu comme si c'était le dernier, il est fort possible que ce soit le dernier ! Aussi, vivez-le totalement, retirez-en la quintessence. C'est dans cette totalité que vous serez vigilant.
"1 an, 2 ans, 5ans, 10 ans, 20 ans même nous séparent du départ de notre enfant et nous, parents en deuil, avons besoin des autres.
Bien que nous ne soyons pas faciles à vivre, nous aimerions rencontrer de la compréhension dans notre entourage; nous avons besoin de soutien.
Nous aimerions que vous n'ayez pas de réserve à prononcer le nom de notre enfant mort, à nous parler de lui. Il a vécu. Il est important encore pour nous. Nous avons besoin d'entendre son nom et de parler de lui, alors ne détournez pas la conversation. Cela nous serait doux, cela nous ferait sentir sa mystérieuse présence.
Si nous sommes émus, que les larmes nous inondent le visage quand vous évoquez son souvenir, soyez sûrs que ce n'est pas parce que vous nous avez blessés. C'est sa mort qui nous fait pleurer, il nous manque! Merci à vous de nous avoir permis de pleurer, car, chaque fois, notre c½ur guérit un peu plus.
Nous aimerions que vous n'essayiez pas d'oublier notre enfant, d'en effacer le souvenir chez vous en éliminant sa photo, ses dessins et autres cadeaux qu'il vous a faits. Pour nous ce serait le faire mourir une seconde fois.
Être parent en deuil n'est pas contagieux ne vous éloignez pas de nous.
Nous aimerions que vous sachiez que la perte d'un enfant est différente de toutes les autres pertes; C'est la pire des tragédies. Ne la comparez pas à la perte d'un parent, d'un conjoint ou d'un animal.
Ne comptez pas que dans un an nous serons guéris. Nous ne serons jamais ni ex-mère, ni ex-père de notre enfant décédé, ni guéri. Nous apprendrons à survivre à sa mort et à revivre malgré ou avec son absence.
Nous aurons des hauts et des bas. Ne croyez pas trop vite que notre deuil est fini ou au contraire que nous aurons besoin de soins psychiatriques.
Ne nous proposez ni médicaments ni alcool; ce ne sont que des béquilles temporaires. Le seul moyen de traverser un deuil, c'est de le vivre. Il faut accepter de souffrir avant de guérir.
Nous espérons que vous admettrez nos réactions physiques dans le deuil. Peut être allons-nous prendre ou perdre un peu de poids, dormir comme une marmotte ou devenir insomniaques. Le deuil rend vulnérable, sujet aux maladies et aux accidents. Sachez, aussi, que tout ce que nous faisons et que vous trouvez un peu fou est tout à fait normal pendant un deuil; la dépression, la colère, la culpabilité, la frustration, le désespoir et la remise en question des croyances et des valeurs fondamentales sont des étapes du deuil d'un enfant. Essayez de nous accepter dans l'état ou nous sommes momentanément sans vous froisser.
Il est normal que la mort d'un enfant remette en question nos valeurs et nos croyances.
Nous aimerions que vous compreniez que le deuil transforme une personne. Nous ne serons plus celle ou celui que nous étions avant la mort de notre enfant et nous ne le serons plus jamais. Si vous attendez que nous redevenions comme avant vous serez toujours frustrés. Nous devenons des personnes nouvelles avec de nouvelles valeurs, de nouveaux rêves, de nouvelles aspirations et de nouvelles croyances. Nous vous en prions, efforcez- vous de refaire connaissance avec nous; peut être apprécierez-vous de nouveaux?
Le jour de l'anniversaire de la naissance de notre enfant ou celui de son décès sont très difficiles à vivre pour nous, de même que pour les autres fêtes et les vacances. Nous aimerions qu'en ces occasions vous puissiez nous dire que vous pensez aussi à notre enfant.
Cette lettre a été spécialement écrite pour les parents ayant perdu un enfant, mais nous savons que la solitude peut également concerner les personnes connaissant d'autres deuils d'êtres chers très proches, ou les personnes vivant d'autres souffrances. Courage à tous et n'hésitez pas à faire lire cette lettre. »
Merci Marie-Claude. Je pense à vous.
A toi, belle Julie...