Je ne fêterai pas le 2 novembre, « Commémoration des fidèles défunts », car pour moi fêter ta mort n'est pas un événement que j'aurais aimé fêter dans ma vie. J'aurais préféré largement honorer ta vie, mais je n'ai pas eu le choix. C'est comme « le travail de deuil ». Des mots qui n'ont pas de sens. Comment peut-on fêter la mort et faire d'un deuil un travail ! Quelles inepties, absurdités des mots et des traditions. Je ne juge personne. C'est ma propre vision des choses.
Alain est allé au cimetière ce matin et ta pierre blanche est recouverte de fleurs. Merci à tous de venir y déposer une partie de votre amour, cela me touche beaucoup.
Je pense que c'est la dernière fois que je te dessine. J'avais envie de sentir mes pastels glisser sous mes doigts et parcourir encore et toujours chaque partie de ton visage. Fermer les yeux et ressentir la douceur de ta peau en étalant la craie sur le papier avec mes doigts, te caresser, te faire vibrer, te faire vivre en colorisant cette photo en noir et blanc. Une dame de l'atelier m'a dit sans connaître notre drame : « elle est magnifique votre fille, j'espère qu'elle va être contente de votre dessin, c'est tellement beau ». Tout simplement, je lui ai répondu : « oui, tu seras ravie, sans vouloir m'attarder sur ta disparition ». Les autres personnes de l'atelier connaissant mon histoire m'ont regardée en attendant ma réponse, un peu gênées, mais je n'ai pas voulu aborder le sujet dans ce contexte-là, c'est tellement difficile de prononcer ce mot « MORT ».
Chaque jour est un combat que je livre pour continuer cette bataille titanesque pour moins souffrir, pour apaiser cette peine immense qui m'accable depuis plus de deux ans. Le but quand même c'est d'aller mieux, c'est de mieux supporter ton absence.
Je cherche, je tâtonne, je recherche parfois de façon empirique en procédant à des essais successifs de substitution pour combler ce manque.
Je me perds, je m'égare, j'erre dans ce labyrinthe, ce dédale, cet ensemble confus et complexe, où il est difficile de se repérer dans les méandres de cette spirale infernale.
Le cercle dans lequel s'inscrit le labyrinthe symbolise l'unité, la perfection. Il renvoie à la finitude de la vie.
De ma ligne blanche horizontale il y a deux ans et quelques mois représentant ton encéphalogramme plat lors de l'accident, je me situe maintenant dans ce fameux labyrinthe. Étrange, non?
Quelle signification cela a-t-il?
Comme je suis curieuse de tout et c'est peut-être cela ma survie, j'ai besoin de comprendre.
Alors, j'ai parcouru des articles sur cette symbolique. Celle-ci est très riche. Elle remonte à la nuit des temps. De la préhistoire à nos jours, il est toujours présent dans notre âme : des fresques préhistoriques, à la mythologie grecque jusqu'à la psychologie inspirée par C.G. Jung.
Toucher le fond signifie être en face de la partie de soi-même que l'on n'accepte généralement pas, mais à laquelle il est indispensable de se confronter pour se transmuter. La symbolique du labyrinthe, habité par le Minotaure, est l'illustration la plus claire de cette phase. C'est un chemin unique, mais compliqué. Il traduit l'idée d'un but à atteindre, mais au bout d'un itinéraire laborieux, exigeant la persévérance. Ce chemin à parcourir est celui de la vie, depuis la naissance, jusqu'à la mort. Le fameux fil d'Ariane déroulé dans ce labyrinthe pour sauver Thésée.
Il est également symbole de voyage. Il représente un voyage différent selon le but recherché. Le traverser ou atteindre son centre.
Dans le premier cas, l'épreuve est unique, le dernier voyage de l'homme vers la mort, ou le passage vers l'au-delà.
Dans le second cas, l'épreuve peut-être double, triple...car après avoir atteint le centre, encore faut-il pouvoir en ressortir. C'est l'image même de cette épreuve psychologique que je traverse, et qui doit sacrifier une partie de soi-même pour survivre. Celui qui a réussi devient un initié. Il entre dans une nouvelle vie. Le face à face avec la mort permet sa résurrection.
Je me suis rendue compte que je me situais au centre du labyrinthe. Cela veut-il signifier qu' inconsciemment, j'ai déjà parcouru ce long chemin pour arriver à ce centre et maintenant soit c'est mon dernier voyage, celui de la mort ou bien je reprends le chemin inverse pour entrer dans ma nouvelle vie, découvrir une vie de lumière avec toi ma belle Julie, autrement.
Coïncidence encore ? J'avais un dimanche de cafard, sous une pluie battante, décidé d'aller me recueillir à la cathédrale de Chartres. On ne peut que remarquer, occupant toute la largeur de la nef, ce labyrinthe circulaire incrusté dans le dallage.
Tant de frissons m'ont parcourue le corps en déambulant dans les travées et dans la nef.
Je suis tombée sur un court article décrivant cette cathédrale. Elle est située à la 3ème des 7 travées de la nef, somme des nombres 4 et 3, symboles de tous temps de la matière et de l'esprit.
J'ai fait un rapprochement avec les chiffres de ta mort. Que des 7.
Le 7 est un chiffre sacré qui est considéré comme possédant des pouvoirs magiques.
Il représente l'ordre cosmique et spirituel.
Les sumériens divisaient l'univers en sept zones distinctes ; dans l'Ancien Testament, Dieu a créé le monde et s'est reposé le septième jour ; pour les égyptiens, le sept symbolisait la vie éternelle et était associé à Osiris, le dieu des morts ; dans l'Islam, le sept représente la perfection.
Tu es née un 15.07.1989 à 23h07. Tu es décédée un 5.05.2007. Ton dossard 133 dont le total des chiffres fait 1+3+3=7 que tu as d'ailleurs porté « deux fois » en rose l'année d'avant et orange le jour de ton accident. La voiture que tu récupérais de ta grand-mère en calculant les chiffres faisaient encore 7. La fameuse tour « KIKI » où tes amis ont peint un énorme c½ur avec écrit « JULIE ON T'AIME » le total des chiffres de sa construction font 7 également, j'ai encore plein d'anecdotes encore. Est-ce un signe, une simple interprétation ?
Je suis de plus en plus convaincue que ta mort doit me faire comprendre quelque chose. Une partie de ma vie se termine, s'achève. Il est temps de te lâcher, accepter la tristesse mais ne pas essayer de la retenir. Quelque chose de plus grand m'attend, de nouvelles dimensions sont là pour être découvertes. J'ai passé le point de non-retour maintenant et la gravité est à l'oeuvre. Participer à son mouvement, représente peut-être la libération.
J'ai un pressentiment, une intuition. Un changement s'est opéré depuis le 22 octobre en retournant au cimetière après de longs mois sans te voir. J'ai enfin senti un apaisement. On verra...Je suis tellement cyclique. Les phases du deuil diront les psys!!
Tu me mets tous les jours des petits cailloux sur ma route. On me croit partie dans un autre monde, le monde de l'irrationnel, ce qui n'est pas le cas. Je suis à l'écoute tout simplement. Je me rapproche de plus en plus de toi, ma JULIE. Beaucoup de connections en quasi direct avec toi, soit par les rêves, les signes que tu m'envoies, encore ce petit c½ur rouge trouvé à la porte de la maison, hier...
Continue ma belle, tu m'aides à avancer sur mon nouveau chemin.
Je t'aime.
PASCALE